Interview de Bruno Lebrun, président de GIREVE

–  Extrait de l’interview de Bruno Lebrun par l’AVERE France, le 2 Mai 2016 –

« Notre plateforme est gratuite pour tout opérateur de recharge », Bruno Lebrun, Président de GIREVE

Les réseaux de bornes de recharge publiques doivent pouvoir accueillir tout utilisateur de véhicules électriques, qu’il soit abonné ou non et quel que soit son opérateur. Cette obligation est déjà prévue pour les collectivités qui ont bénéficié du financement de l’ADEME et bientôt étendue à tous en vertu d’un décret en cours d’examen. Cela fait-il enrichir les coûts du service pour les collectivités ? Non, répond GIREVE. Explications en 4 temps.

Avere-France : L’interopérabilité des différents réseaux de recharge est désormais l’enjeu principal des collectivités qui déploient des bornes de recharge sur leur territoire. Comment la définiriez-vous en tant qu’opérateur d’une plateforme d’échanges de données ?

Bruno Lebrun : L’AMI de l’ADEME, qui a financé la plupart des installations des collectivités, impose deux moyens d’accès à un service de recharge : via un paiement à l’acte (anonyme) et via un abonnement à un opérateur, qu’il soit celui qui exploite la borne utilisée ou un autre. Cette exigence est d’ailleurs généralisée dans le projet de décret en cours d’élaboration à tout exploitant de point de recharge d’accès public.

Pourquoi cette double exigence ? Essentiellement parce qu’un certain nombre de services de mobilité nécessiteront d’identifier l’usager et son véhicule, ce qui est impossible avec un simple numéro de carte bancaire. Si vous souhaitez personnaliser le service et son tarif en fonction de l’usage (comme pour la téléphonie) et, demain, déployer des services de recharge intelligente, alors il faut que l’accès au service soit identifié… Une carte bancaire n’y suffira pas.

Dans ce contexte, la plateforme GIREVE intervient pour faciliter la mise en relation et l’échange de données entre l’opérateur d’un point de recharge et l’opérateur d’un usager qui souhaite s’y recharger (offre et demande), en assurant au premier d’être payé pour le service qu’il délivre aux abonnés de l’autre…

Les collectivités ont beaucoup investi dans l’installation de ces réseaux de recharge. Leur mise en interopérabilité représente-elle pour ces dernières un coût supplémentaire ? Qui le supporte et à quelle hauteur ?

Au niveau du matériel installé, une seule exigence valable dans tous les cas de figure : que les bornes soient communicantes et supervisées, car dans les deux cas il faut pouvoir déclencher une recharge à distance à partir du superviseur.

Pour s’ouvrir à d’autres opérateurs, ces collectivités doivent en outre utiliser un superviseur connectable à tout opérateur de mobilité et cela sans discrimination… GIREVE permet cela à l’aide d’une seule connexion technique de ces superviseurs à notre plateforme, préservant d’autant la réversibilité du choix de cet outil par la collectivité.

Ces services d’intermédiation de GIREVE sont structurellement gratuits pour tout opérateur de recharge. Un tel opérateur se rend donc accessible à tout opérateur de mobilité connecté à GIREVE sans coût supplémentaire et, ce faisant, ne court qu’un seul risque : de voir son infrastructure davantage utilisée et générer davantage de recettes d’exploitation !

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En plus d’être des opérateurs de recharge, certaines de ces collectivités sont-elles opérateurs de mobilité ? Et dans ce cas, combien leur coûtent les services de GIREVE ?

Vous avez raison, la plupart des collectivités territoriales développent, au moins temporairement, un service d’accès local à leur propre infrastructure et sont bien à ce titre ce qu’il est convenu d’appeler des « opérateurs de mobilité ».

Ce choix est d’ailleurs souvent posé par carence de l’initiative privée, les quelques offres commerciales disponibles sur le marché ayant encore une couverture très limitée. Mais cette situation ne devrait pas durer : de nombreux acteurs privés se développent, avec en tête les constructeurs automobiles, qui donneront bientôt accès à de nombreux réseaux publics ou privés en Europe, avec un seul abonnement.

Dans ce contexte, le badge local d’une collectivité serait sans doute moins nécessaire. S’en passer pourrait leur permettre des économies de fonctionnement : gérer une relation à l’usager est coûteux et nécessite des processus et des organisations adaptées.

En attendant, aujourd’hui, lorsqu’elles opèrent un badge d’accès à leur réseau, ces collectivités se posent la question d’étendre la couverture de ce badge à d’autres réseaux extérieurs. C’est précisément pour tester la valeur de ce service supplémentaire que nous travaillons avec elles : Dans le cadre de la convention signée l’année dernière avec la FNCCR, et à titre expérimental, nous leur permettons d’envoyer leurs propres abonnés sur quelques réseaux extérieurs. Dans ce dernier cas, encore, sous couvert de cette convention expérimentale, ce service de GIREVE est gratuit pour elles.

Pour que les réseaux de recharge soient concrètement interopérables, il faut que les opérateurs de mobilité et de recharge puissent formaliser dans un contrat leurs obligations. Quelle est la position de GIREVE ?

L’accès au réseau d’un opérateur de recharge par un opérateur de mobilité, nécessite en effet la signature d’un accord d’itinérance entre eux. Ce contrat manifeste l’accord de l’un à ce que son infrastructure soit utilisée par les abonnés de l’autre, il définit le tarif B2B éventuellement ajusté à l’issue de leur négociation et enfin les modalités de facturation entre eux.

Dans cette relation entre opérateurs, la plateforme GIREVE fournit un modèle d’accord standard, garantit à tous que ce modèle s’applique et par la suite, opère les flux de données et produit les éléments de facturation. Mais nous souhaitons aller plus loin : rapidement, ces accords d’itinérance seront conclus en ligne sur un portail sécurisé que nous développons. La conclusion d’un accord entre deux opérateurs se fera alors en ligne, en un seul clic…